La JIRS et la lutte contre la criminalité organisée

La JIRS, ou juridiction interrégionale spécialisée, est une juridiction pénale française créée pour traiter les affaires complexes de criminalité organisée. Elle concentre l’expertise judiciaire sur des dossiers sensibles impliquant des réseaux criminels structurés, avec des moyens d’enquête spécifiques et une coordination interrégionale.

1. Définition de la criminalité organisée

La criminalité organisée est définie par l’article 132‑71 du Code pénal :
« Constitue un groupement criminel ou délictuel organisé, au sens des dispositions légales, toute association de personnes formée ou entente établie en vue de la préparation ou de la commission d’un ou plusieurs crimes ou délits, caractérisée par une organisation structurée et durable et par la répartition des rôles entre ses membres. »

En pratique :
Le groupement doit être structuré, c’est-à-dire hiérarchisé ou organisé avec des fonctions attribuées aux membres ;
L’association doit avoir un objectif criminel précis, mais les infractions individuelles peuvent être de nature variée (trafics, extorsions, blanchiment, etc.) ;
Cette définition permet d’appliquer des peines aggravées aux membres d’un réseau criminel.

2. Compétence et rôle des JIRS

La JIRS est compétente sur un territoire regroupant plusieurs juridictions et centralise les affaires de criminalité organisée.

Elle est composée de magistrats spécialisés, formés à la complexité des réseaux criminels.

Elle agit en liaison avec le Parquet national financier (PNF) et le Parquet national antiterroriste (PNAT) lorsque les affaires croisent le blanchiment ou le financement d’activités terroristes.

Les enquêteurs sont issus de services spécialisés comme la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) ou la police judiciaire.

3. Moyens d’enquête spécifiques

Les dossiers traités par la JIRS nécessitent des moyens d’investigation sophistiqués :

  • Filatures, interceptions téléphoniques et électroniques ;
  • Infiltrations et agents sous couverture ;
  • Surveillance financière et traçage des flux d’argent ;
  • Coopération internationale avec Europol, Interpol et les juridictions étrangères.

Ces moyens dépassent souvent ceux mobilisés pour les délits classiques, et sont essentiels pour démanteler les réseaux structurés.

4. Difficultés et enjeux juridiques

Complexité des dossiers : les enquêtes durent souvent plusieurs années, avec des centaines de protagonistes.

Difficulté probatoire : démontrer l’existence d’un groupement structuré et la participation de chaque prévenu nécessite des preuves solides et souvent indirectes.

5. SANCTIONS ET PEINES

La participation à un groupement criminel organisé expose à des peines aggravées :

Les articles 132‑71 et suivants du Code pénal détaillent les aggravations pour les infractions commises dans le cadre d’un groupement organisé.

Les peines principales peuvent aller jusqu’à 10 à 20 ans de réclusion criminelle, selon la gravité des infractions et la fonction de l’individu dans le réseau ;

Des peines complémentaires peuvent être prononcées : confiscation de biens, interdiction d’exercer certaines activités, amendes, etc. ;

Maître Kamel DEROUICHE, avocat pénaliste intervient régulièrement dans les dossiers JIRS.